Rencontre avec Julien Barbagallo

vendredi 4 novembre 2016


Il y a quelques semaines, j'ai été rencontrer Julien Barbagallo. Pour le CV glamour, il est batteur dans le groupe Tame Impala depuis 2012 mais surtout, il propose aujourd'hui son deuxième album solo...

Quand j'étais adolescent, j'ai commencé à sortir de mon rôle de batteur pour écrire des sons à la guitare mais toujours en groupe. Après solo, j'avais 20 ans quand j'ai commencé à écrire mes premiers titres en anglais jusqu'à il y a 3-4 ans. C'était un peu par mimétisme. Quand j'étais ado, j'écoutais plein de sons anglo-saxons comme les Teenage Fanclub, les Super Furry Animals... et en tant que batteur, j'avais du mal à exprimer ce que ça faisait naître en moi en terme d'inspiration je me suis mis à écrire à la guitare. Après le mimétisme, c'est devenu une nécessité car je sentais que c'était quelque chose que je devais faire, c'était en moi et il fallait que je l'exprime.

Un album tout en français, qui parle de grands espaces, de voyages et de liberté mais aussi d'amour. Un album doux, multi sons, travaillé de manière minimaliste mais abouti. C'est un de ces albums où les chansons nous bercent, nous permettent de nous évader ailleurs, au milieu d'un forêt où les feuilles mortes de l'automne s'échouent sur le sol. C'est un album de saison, un album indie qui ravive les lumières d'un automne qui se dirige droit vers le brouillard de l'hiver. Un album qui se nomme "Grand Chien" pour une bien bonne raison.

C'est en référence a un copain à moi qui est australien et qui m'avait dit, à la fin d'un message qu'il m'avait envoyé, "salut à la prochaine Grand Chien". C'est la traduction littérale d'une expression anglaise "big dog" qui est un peu moqueuse. On appelle "big dog" celui qui va à une soirée, qui va faire péter le champagne, qui en envoie. Mais là c'était d'une manière affectueuse. Je me suis dit que "Grand Chien" ça sonnait pas mal, je l'ai gardé sous le coude et j'ai toujours su à partir de ce moment que j'allais appeler mon disque "Grand Chien". Je trouvais ça marrant comme image.



Il a sorti son premier single "Mungibeddu", un mot qui veut dire la "belle montagne" et qui est souvent associé au volcan de l'Etna. Une histoire qui se rapproche des paroles de cette chanson...

C'est une chanson qui fait référence à des sources d'eaux qui sont au pied de l'Etna, en Sicile, où je me rends régulièrement car j'ai de la famille là-bas car mon père est sicilien. J'ai voulu faire une chanson pas particulièrement sur l'eau de l'Etna mais sur l'idée d'éternité que cela faisait naître en moi, quelque chose qui est cyclique et qui n'a jamais de fin. C'est cette eau qui va partir de l'Etna, qui va aller dans le sol, qui va repartir dans les nuages, c'est le cycle de l'eau mais c'est aussi, quand on étend l'idée, une idée de l'éternité, de l'humanité qui se perpétue depuis des dizaines d'années. C'est cet aspect cyclique que j'exprime.



Mais il y a également une seconde chanson qui parle des origines de ce toulousain à travers "Nouveau Sidobre" où il rend hommage à sa région du Tarn mais aussi à travers un clip qui nous donne des envies d'ailleurs.

Je l'ai appelé "Nouveau Sidobre" car dans la chanson je fais référence à un paysage qui me rappelle à la fois le Nouveau Mexique et le Sidobre. Du coup j'ai contracté les deux pour que ça donne "Nouveau Sidobre". C'est un titre de travail qui est finalement resté mais c'était cette idée d'une fusion de deux paysages qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre ni dans mon imaginaire, ni dans les faits. C'est cet endroit dont je parle où je suis qui m'a rappelé ces deux types d'endroits mélangés avec l'aspect très calcaire, minéral et beaucoup de cactus. Je me suis dit que c'était un mixte entre le Nouveau Mexique et le Sidobre. Le Sidobre c'est un endroit où il y a des rivières de roches, c'est très minéral, très beau. 



Parce qu'un album qui ne parle pas d'amour n'est pas vraiment un album complet, Julien Barbagallo nous fait la joie de nous proposer un duo avec sa chère et tendre. Un duo où on se retrouve charmé par cet accent qui apporte un air ensoleillé fraichement venu d'Australie. C'est une douceur mais aussi le seul duo de cet opus.

C'est une histoire qui se raconte de deux angles différents donc j'avais besoin d'avoir deux personnages différents qui s'expriment. Il se trouve que je l'ai fait enregistrer à ma femme donc c'était pour enfoncer le clou de notre histoire. C'était l'occasion de la faire chanter. C'est aussi la seule chanson qui nécessitait l'apparition d'un deuxième narrateur.



La beauté de cet album c'est aussi la diversité des sons et des synthés qui se mêlent comme dans "Pas Grand Monde". On apprécie cette musique toute aussi douce que pétillante, rock mais pas trop, entraînante mais pas trop pour s'ajuster avec la légèreté des mots utilisés.

A la base je travaille avec très peu de matériel parce que je travaille beaucoup en voyage dans des espaces confinés donc je voyage très léger et j'enregistre très léger. J'ai un tout petit clavier, je travaille avec mon téléphone... C'est très minimaliste. Ces contraintes me forcent après, pour obtenir les sons que j'ai en tête, à en mêler plusieurs. Au lieu d'avoir "le" son directement pur et simple d'un instrument que je n'ai pas, je vais essayer d'emmêler plusieurs sons de synthés pour obtenir un autre son qui va se rapprocher de ce que j'ai en tête. Je travaille beaucoup par couche. J'ai rarement un son seul à part la guitare qui est toujours seule et qui a son rôle de guitare assumée en tant que telle.



On aime aussi l'univers qui accompagne ces chansons. Que ce soit les grands espaces dans ses clips, les vives couleurs de la pochette de l'album ou encore cet esprit très psychédélique qu'on retrouve à la fin du clip "Oubliez moi". Une intention graphique qui n'a pas été laissé au hasard.

A travers la pochette j'avais envie de quelque chose de joyeux. Globalement, dans ma façon d'appréhender ce disque, quand j'ai composé, j'avais envie d'aller vers une vision, un angle positif. De quelque chose qui ne tire pas trop vers le bas parce que je trouve que ces 5-6 dernières années, l'atmosphère est assez dure. Tout devient de plus en plus triste. Je me suis dit qu'il était important à l'échelle de chacun qu'on puisse essayer de s'ouvrir à quelque chose de plus lumineux. ça peut être dans les relations humaines mais puisqu'il se trouve que je fais des chansons, je vais essayer de faire passer cette lumière là dans mes chansons. Quant à la pochette, c'est le premier contact que les gens vont avoir avec le disque donc ça devait refléter ça. J'ai fait passé à mon ami Paul Davies une photo de moi que j'avais sciemment faite avec un sourire et le regard vers le haut. Je me suis dit que j'avais l'impression qu'on avait besoin de ça en ce moment, de quelque chose de positif et lumineux et que je voulais y rajouter ma petite pierre.

Avec cet album, on est content d'ajouter le nom de Barbagallo à cette variété française dans laquelle s'immisce cette French pop qui ose les mots, qui ose les mélodies et qui compose comme elle aime. Une variété tout à fait assumée... et une phrase que j'adore "tout le monde y met un peu de ses propres ingrédients".

Mes influences sont suffisamment variées pour qu'effectivement, au résultat final, mes chansons soient de plusieurs facettes. La variété, je l'assume aussi. C'est en français, ça s'inscrit dans une continuité. Le fait que je sois un artiste qui chante en français, j'estime faire parti de la chanson française sans que ce soit la chanson française d'un Gilbert Becaud mais de quelque chose de plus large, d'un mouvement français. On est un tas de gens à chanter en français mais ce n'est pas pour ça qu'on chante avec des accordéons. Tout le monde y met un peu de ses propres ingrédients.

C'est un grand OUI pour cet album qui, personnellement, m'accompagne en prenant le bus le matin, en grelotant sur le quai de la gare, en songeant à mes activités du week-end et qui surtout me donne envie de prendre l'air. Cet album est une invitation à prendre nos gambettes et à marcher, à apprécier ce qui nous entoure et à voir cette lumière qui apaise l'atmosphère.


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Il sera en concert à Paris le 6 décembre au Point Ephémère dans le cadre du Winter Camp Festival, après être passé aux Transmusicales de Rennes le 2 décembre et avant une date au Bikini de Toulouse le 8 en compagnie de, notamment, Tim Dup.



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