Quitter Paris

jeudi 22 septembre 2016



Je sors de mon rendez-vous chez le pneumologue et comme le cardiologue, il m’a posé la question : « pourquoi ne quittez-vous pas Paris ? ». Je pense que c’est à la fois la question la plus stupide et pertinente qu’on m’ait posé dans ma vie et voilà deux heures que je débats dans ma tête.

Pour vous mettre dans le contexte, je suis asthmatique et je fais beaucoup d’eczéma. Je ne peux pas faire de footing sans prendre de médicament. Dès que le pollen sort fin Mars-début Avril, les crises et gènes respiratoires sont quotidien. Je suis littéralement née avec des plaques d’eczéma sur le corps. Je me gratte tout le temps. Je me gratte la nuit jusqu’à sang ce qui me vaut de nombreux coups de pied de la personne qui dort à côté de moi. Toutes ces petites situations ne sont pas graves mais de temps en temps désagréables. Alors en parlant de ces petits symptômes avec mes médecins, ils m’ont demandé si quand je quittais Paris, où j’habite, je me sentais mieux et oui, c’est le cas. Dès que je passe un peu de temps au Pays Basque, mes plaques disparaissent, je respire mieux. Pareil en Bretagne. Il y a sûrement l’effet de la mer et de ce vent vivifiant, quitter la pollution et le train de vie haletant de Paris. Oui, là-bas je me sens mieux, mon corps répond mieux. Alors forcément, ils ont posé cette question et depuis je cogite.

Pourquoi je ne quitte pas Paris ? Parce que j’ai toute ma vie ici. Parce que j’ai grandi en imaginant ma vie à Paris, en y construisant mes repères, en y travaillant. Pour moi ma place est ici, mon travail est ici, mon train de vie et mes sorties vivent au rythme de Paris. Parce qu'il y a l'attachement sentimental. J’ai toujours imaginé que dans 5 ans, je vivrais dans un de ces immeubles parisiens, qu’avec ma chance je devrais monter 5 étages sans ascenseur et que je passerai mon temps à jurer contre mon souffle inexistant. Je n’ai jamais imaginé partir, être loin de ce qui m’anime. Un temps, je me suis dit qu’il y avait l’excuse du travail. Dans mon coeur de métier, les grosses entreprises sont en région parisienne et pourtant, je pourrai partir pour un club de football (mais bon merci les clubs bretons et basques…). J’ai pensé, un temps, que je partirai pour Bordeaux. J’avais été charmé par cette ville, pas très loin de la côte mais je n’y ai aucune attache. Quitter Paris c’est un défi, celui de tout reconstruire ailleurs. Bien sur, je l’ai fait quelques temps à Londres mais je savais que c’était passager, que je retrouverai ce que j’ai quitté. Là, partir, cela peut être définitif et je ne sais pas si je m'en sens vraiment prête.

Je n’ai jamais songé à quitter Paris et c’est pour ça que cela me paraît absurde. Mes médecins me disent que ce n’est pas raisonnable, que si je suis bien ailleurs je devrais y rester mais… Vous savez ce « mais » que vous dites juste pour ne pas admettre que l’autre a raison, c’est cette carte là que je joue aujourd’hui. Bien sur que je respirerai mieux à Biarritz et que mes plaques deviendraient passagères mais je ne suis pas sûre que la vie là-bas m’enivre. Alors quoi, il faut choisir entre être heureux ou en bonne santé ? Aujourd’hui je vois ma vie à Paris, comme je l’ai imaginé en grandissant mais j’ouvre la porte a une opportunité ailleurs, pas tout de suite si c’est possible mais peut-être plus tard… Je crois que quand on a goûté au bonheur quelque part, on ne souhaite pas être trop aventurier, de peur de perdre ce qu'on a. Pour l'instant il y a Paris et le reste on verra.


Avez-vous déjà dû quitter la ville où vous aviez imaginé votre futur ? 
Comment l'avez-vous vécu ?



5 commentaires:

  1. Je pense qu'il faut vraiment avoir grandi à Paris ou dans sa périphérie pour pouvoir s'imaginer y construire sa vie ! C'est dingue, Paris c'est tellement un monde à part du reste de la France, je trouve. Sur ce sujet, nos avis divergent à 100%. Je parle en tant que bretonne ayant grandi dans une ville aux 9 000 habitants et vivant en banlieue parisienne seulement pour la 3ème année. Du coup, même si j'aime la vie que je suis en train de me créer ici, jamais ô grand jamais je ne serai capable d'y rester pour ma carrière entière. Le seul fait d'imaginer mes enfants grandir dans cette jungle stressante et hostile me terrifie. Cela dit, je ne me suis jamais imaginer rester dans ma ville campagnarde non plus ! La quitter a même été un soulagement. J'ai également vécu dans deux autres villes de deux pays différents, et je sentais que je n'aurais jamais pu y construire ma vie non plus, au fond. En fait je crois que je suis toujours à la cherche de l'endroit qui me rendra pleinement heureuse.
    PS: Il faut vraiment que j'aille faire un tour sur ton blog plus souvent, et j'aime beaucoup les posts personnalisés comme celui là. :)

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    1. Oui tu as raison. Je pense que c'est une question de point de vue et que cela dépend d'où on a grandi. L'agitation de Paris fait à mon sens partie du paysage mais je comprends que pour d'autres, ce soit oppressant par exemple.
      J'espère en tout cas que tu trouveras un endroit où vivre où tu seras heureuse. :)
      Merci pour ton ps. xx

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  2. J'ai souvent droit à cette question de la part du corps médical, à cause de ma maladie respiratoire.
    Depuis que j'habite à Paris, mes problèmes respiratoires ont empiré et je me suis couverte de plaques d'eczéma, c'est horrible.
    Je ne demande qu'à partir mais hélas je n'ai pas le choix car c'est ici que mon conjoint et moi avons trouvé du travail... sachant qu'on a aucun garant, on ne peut pas déménager comme ça ailleurs, sans avoir tous les deux un CDI... c'est triste mais c'est comme ça.
    Ils sont cons les gens à poser ce genre de questions. On est pas sadomasochistes, on a FORCEMENT une raison de rester.
    Bon courage à toi en tous cas.

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  3. Comme je te comprends ! J'ai grandi en Normandie, et je me suis toujours imaginée y rester ... mais j'ai du partir pour mes études, puis pour un apprentissage,et enfin pour mon premier boulot... Dans 3 villes différentes, mais sans jamais réussir à me rapprocher de chez moi ! Mais même si c'est difficile, je crois qu'une fois adapté, on peut être heureux partout. Que ce soit à Annecy ou à Lyon ou je vis maintenant, je suis plus heureuse que jamais ! Le plus dur, c'est de sauter le pas, et de se recréer toutes les petites habitudes du quotidien !

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  4. J'ai beaucoup déménagé étant enfant, je n'ai pas d'attache particulière. J'aime bien la Normandie où j'ai passé mon adolescence. De manière générale, j'ai apprécié chaque endroit où j'ai habité...(et se refaire des attaches et des habitudes, des amis est plus facile qu'on ne le croit)
    Sauf Paris.
    J'ai su dès le départ que ça ne le ferait pas. La pollution, les clodos, les voleurs (enceinte de 6 mois je me suis fait voler mon portefeuille..), la drogue en bas de chez moi, la saleté de tout (le métro, sérieusement,le métro??il faudrait le prendre en combinaison), le stress permanent, les temps de trajet pour aller bosser, les appartements minuscules (si tu envisages d'acheter tu as un 30m² pour le prix d'une villa en province..)...
    Le bouillon de culture, les sorties, tout ça ne rattrapent pas tous les défauts. Je suis tellement crevée que je profite pas des avantages. Et honnêtement j'ai plus visité et profité de Paris en tant que touriste que depuis que j'y habite !
    Et bordel je veux un jardin...j'ai une petite fille de 4 mois et je ne veux pas la voir grandir ici...
    Malheureusement je suis bloquée ici pour quelques temps encore, mais dès que ce sera possible on partira ! "Tout sauf Paris" ;)
    Si tu as l'occasion de partir, je te conseille de sauter le pas. La vie est moins chère et plus belle en province, et la santé c'est précieux :-) (et tous les transports mènent à Paris donc revoir tes proches ne sera pas un problème si tu ne pars pas trop loin !)

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