S-crew et saut de l'ange

vendredi 17 juin 2016




C’est le grand jour, aujourd’hui sort dans les bacs « Destins Liés ». Depuis le temps que le S-crew fait du teasing sur cet album, on était impatient de l’entendre et de savoir si on allait en faire notre BO de l’été. Verdict : c’est plutôt bon.
Bon et pourtant j’ai un regret sur cet album c’est que l’ordre des prises de parole est répétitive. Vous écoutez la moitié de l’album et vous vous rendez compte que c’est souvent un discours Nekfeu - 2zer - Framal - Mekra. C’est mon regret parce que quand vous écoutez les chansons à la suite, vous avez l’impression qu’elles vous sont déjà familières alors que non, c’est la première écoute mais c’est juste la forme qui se ressemble. Le fond, lui, fait la différence.
Côté texte, les chansons qui parlent de leur vécu, de la vie d’artiste, de la galère sont plus accrocheuses que celles égo trip et love story. C’est souvent celles qui ont les mots les plus forts, les métaphores les plus subtiles alors que finalement, les histoires de nana, le S-crew ou d’autres rappeurs, on en revient toujours à la même chose. Chaque couplet fonctionne indépendamment et on découvre quatre histoires différentes dans chaque chanson. On suit leur transformation, leur mutation sur ces trois dernières années. Ils provoquent et font la morale en même temps mais surtout, ils gardent les pieds sur terre parce que comme ils disent si bien la vie « c’est pas un film ». On aime l’apostrophe de « Fausse note », la revanche de « Nés pour mener », la conquête de « Félins ».
Niveau instru, ils ont fait ce qu’ils ont dit soi ce qui leur plaît même si ça ne plaît pas aux autres et cela donne un combiné assez hétérogène. C’est très inspiré du rap américain et ils jouent pas mal sur la rapidité du débit de parole, le trap, l’allitération. Le ton est lent puis rapide, nostalgique puis récréatif. Après les premiers titres diffusés, on avait l’impression de signer pour un album rap commercial. Vous dansez sur « On va le faire » et « Démarre » comme vous dansez sur Guetta, j’exagère mais seulement qu’un peu. A contrario, quand on a découvert « C’est pas un film » on s’est davantage dit que là on montait dans les tours et que oui, ce qui nous attendait était tranchant, vif, plus rap d’hier.


Il faut aller jusqu’au bout de l’album pour découvrir les beats de « Plus pareil », « Bresson » ou encore « Une Etoile » pour retrouver davantage l’authenticité de ce qu’on leur connaissait. La vérité c’est qu’à la première écoute on a été un peu surpris par ce nouveau ton mais trois ans ont passé, le rap a lui aussi évolué, et à la seconde écoute, ça passe mieux. On n’est plus dans la surprise et on commence à assimiler ce nouveau flow et ces productions hétérogènes. Cette gourmandise de genres illustre l’ambition du groupe. Comme toujours on ressent ce besoin de perfection, d’illustrer leur technique et leur envie de grandir. C’est la même chose à travers leurs clips et l’esthétisme qu’ils recherchent, faire mieux, se dépasser mais surtout se faire plaisir et être fier.
Je pense que c'est un album qui leur ressemble, qui est plus dans leur dynamique actuelle et c'est pour ça qu'il est bon, parce qu'ils en sont fiers. Ce que j'attends à présent c’est de découvrir ces morceaux sur scène. Déjà parce que j’aurai moins ce sentiment de répétition avec les arrangements live mais surtout parce que j’étais aux Papillons de Nuit quand ils ont joué « On va le faire » pour la première fois et la réaction du public fut très positive. Je suis toujours assez impressionnée quand vous allez à un concert de rap et qu’il y a toujours trois, quatre mecs sur scène et que les gars assurent le show avec une décontraction troublante alors que le public est dingue dans la fosse. On ressent vraiment cet esprit d’équipe et cette bande de potes qui fait ce qu’elle aime et qui prend beaucoup de plaisir à le faire. Il n’y a pas tricherie entre ce qu’ils vendent et ce qu’ils dégagent « en vrai », pas d’artifices. Cet album est réussi parce qu'il est porté par un bel élan, par des gars qui croient en leur musique. Il est différent oui et les fans de la première heure se plaindront sûrement mais la musique c'est évoluer, tester, changer, se faire plaisir comme ils le font.

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