Tout pour être heureux

mardi 19 avril 2016





Je commence à retourner au cinéma. Ce n'est pas trop dans mes habitudes mais ça me détend, ça m'évade. J’ai envie d’y aller toutes les semaines, c’est ma nouvelle passion, alors j’hésite à prendre une carte UGC.

Pour clôturer mon week-end de non productivité j'ai été voir « Tout pour être heureux ». J'avais l'impression de me voir, de voir tous mes espoirs dans les yeux de Léonor quand elle regarde Manu Payet qui joue son père.

J'ai un papa c'est vrai mais si on me demandait « Qui est le meilleur papa du monde ? » je répondrais aussi que c'est ma mère. J'ai un papa qui a souvent été plus concerné par lui que par moi et mon frère. A la quête de ce qu'il n'avait pas et jamais satisfait de ce qu'il avait. Des années j'ai espéré que mon père change, que mon père s'intéresse à moi, qu'il prenne conscience des choses.


Dans ce film, livré à lui-même avec ses deux filles, Manu Payet a pour unique solution de s'occuper d'elles, de les comprendre et de enfin assumer ses responsabilités. Il ne peut plus jouer l'adolescent libre d'engagement, il doit préparer à manger, il doit les emmener à l'école, il doit s'occuper des activités extra-scolaires. Il n'y a pas plus que lui, il y a lui et ses filles. Alors il fait le boulot, il y prend même goût et au bout de deux semaines il s'est enfin rendu compte de la chance qu'il avait d'avoir des filles qui l'aiment et qui ne demandent qu'à avoir un père. Il y a une prise de conscience.


Je ne suis pas là pour accabler les papas. Je pense que le même genre de situation arrive avec des mamans. Je suis là pour dire que ce film n'est pas qu'une fiction et que c'est, presque, un phénomène de société. Mon père s'est toujours débrouillé pour ne pas à avoir à s'occuper de nous. Il était là, quelque part assis sur le canapé. Puis mes parents ont divorcé. Il était là, quelque part, proposant un resto de temps en temps. Il est là, dans son appartement, sans jamais nous avoir proposé de passer déjeuner. Je pense qu'il a un peu ce syndrome des personnes qui ne veulent pas grandir, qui veulent rester jeune toute leur vie, qui font des enfants mais qui n'en font pas leur priorité.


Je ne sais pas ce que c'est d'avoir un papa. Un papa qui vous emmène à la danse. Un papa qui vous aide à faire vos devoirs. Un papa qui vous propose d'aller au musée. Un papa avec qui vous pouvez discuter. C'est extrêmement frustrant, ça me fait peur. J'ai l'impression d'avoir été élevé par une mère célibataire et on me dit que la norme c'est d'avoir un papa et une maman présents tous les deux. Quoi qu'il n'y a plus de normes... oubliez ! Je sais que ça existe, j'ai des amis très heureux avec leurs deux parents mais je ne sais pas ce qu'on ressent. J'ai ce manque masculin. Je ne sais pas ce que fait un papa, ce que ça apporte dans votre vie.


J'ai vu plusieurs psy. Ils m'ont tous dit que mon père ne changerait jamais. J'avais de l'espoir. J'en ai souvent trop eu. J'ai toujours fini déçu. J'ai abandonné. J'avais cette impression d'être la mère de mon père comme quand Léonor dit a Manu Payet comment s'occuper de sa sœur qui est malade. Tu lui dis fais ça ou fais ci mais je n'ai pas signé pour ça. J'ai signé pour avoir un père, lui me propose d'être un ami et encore. J'en ai conclu que ce n'était que mon géniteur.

Je n'en suis pas triste. J'ai toujours vécu ainsi, avec quelqu'un dans ma maison qui m'a tourmenté plus qu'aimé.

« Tout pour être heureux » n'est pas un film triste mais un film vrai. Il est plus joyeux qu'on ne le pense car on voit ce moment où Manu Payet comprend ce que représentent ses filles. Cette étincelle dans ses yeux. C'est un très beau film qui parle d'amour, de ce lien entre un enfant et un parent qui est très fragile, qu’il faut savoir entretenir. Le jeu des acteurs est exceptionnel. C'est même bizarre de voir Audrey Lamy dans un rôle si sérieux quand elle est habituée à nous faire rire (quoi qu'elle nous fait rire, une fois). La bande originale est magnifique, sacré Angélique ! On ne voit pas le temps passé, on se doute un peu de la fin et on en est complètement satisfait. Ce n'est pas que du cinéma, c’est une image de société, c’est du réel.

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