Laurie Darmon, un trimestre de découverte

vendredi 4 mars 2016




Un trimestre avec Laurie Darmon ça donne...

En janvier, elle était dans mes talents à suivre en 2016 après avoir découvert son premier EP.

En février, je vous annonçais qu'elle sortait prochainement son second EP. 

Pour ce mois de mars, on a été rencontrer Laurie Darmon alors que son EP « Mesure Seconde » sort aujourd'hui. 
 


On a tenté d'en savoir un peu plus sur elle, de découvrir sa personnalité, comment lui était venu le chant. On est tombé sur une jeune fille très sympathique, qui sait pourquoi elle est là et comment elle est là, qui a une vraie passion pour la musique. Elle est timide, elle l'explique dans l'interview. Il est en effet parfois plus simple d'écrire que de parler mais elle se prête au jeu. Elle choisit ses mots de la même manière que ceux qu'on trouve dans ses chansons : précisément. Ils ont tous un sens. Elle a d'ailleurs le chic pour choisir la bonne expression. Peut-être est-ce dû à la rigueur de la fac de droit ou à son côté studieux comme elle se décrit. Elle a des histoires à raconter, ses histoires mais des histoires dans lesquelles on peut tous se reconnaître. C'est la nostalgie, la rupture, la déception mais aussi les souvenirs de vacances, l'amour. Alors voilà, j'aimais déjà beaucoup ses chansons mais je crois que j'aime encore plus l'artiste que j'ai découvert et c'est pourquoi je suis très contente de vous la faire découvrir, elle et sa musique. 

Tout d’abord vous avez pratiqué beaucoup d’instruments comme le piano et la batterie mais comment vous est venue la passion pour le chant ?

C'est parce que j'ai commencé à composer, à écrire que je me suis dit qu'il fallait bien que quelqu'un chante ses paroles pour qu'elles existent et viennent se greffer à la musique. C'est par défaut que je me suis accompagnée et que j'ai commencé à chanter. C'est vrai que le chant n'était pas ma première passion bien que souvent ma famille, mes amis me faisaient chanter quand on était dans un club de vacances ou dès que l'occasion se présentait mais je n'y allais pas naturellement car j'étais timide et je n'avais pas confiance en ma voix. Finalement quand j'ai commencé à écrire et à composer c'est devenu plus évident et petit à petit, j'ai pris plaisir à explorer le chant et à m'y investir un peu plus. Je n'ai jamais pris de cours de chant et j'ai commencé récemment. 

Contrairement à beaucoup d’artistes qui lâchent les études quand ils voient une porte s’ouvrir dans la musique, vous avez souhaité terminer votre licence de droit avant de vous consacrer pleinement à la musique. Est-ce parce que vous ne vous sentiez pas assez mature ou que ça ne vous paraissait pas stable ?

Il doit y avoir de ça. Quelque part je n'avais pas forcément envie de me jeter dès maintenant comme ça dans la musique. C'est aussi parce que j'étais très scolaire et studieuse donc les études sont quelque chose qui m'a toujours plu. Je ne me suis pas préparée depuis petite à ce que dès que j'ai mon BAC je fasse de la musique. C'était, pour moi, dès que j'ai mon BAC je fais telle école ou telles études. L'envie de faire de la musique a été si soudain, bien que la passion était déjà là, si inattendue que c'était impossible de tout plaquer d'un coup. 

Du coup vous avez quand même mis presque 2 ans avant de sortir votre premier EP. C’était votre volonté que ça prenne autant de temps, que ce soit bien construit ?

J'avais envie de le travailler, qu'il veut dire quelque chose. J'avais envie que la couleur soit sincère, authentique et réfléchie. 

Ce second EP fait suite à « Mesure Première ». Est-ce qu’on peut dire que c’est la suite de l’histoire ou plus la suite dans le sens où vous avez développé de la maturité, développer l’écriture de vos textes ?

Cet EP c'est la même couleur de manière plus affirmée. Ce n'est pas une face B, c'est un prolongement. Les thèmes sont plus ou moins les mêmes bien qu'un peu plus dans la quête et la nostalgie. Je trouve que le premier EP c'était davantage une quête à travers différents contextes comme l'envie d'écrire, l'histoire amoureuse déçue et le sentiment amoureux heureux dans « Ta voix ». Ici, dans les titres inédits, c'est une quête dans la nostalgie c'est pour ça que je dis que c'est un prolongement. C'est pour déboucher ensuite sur un premier album, vers quelque chose de plus déterminé et affirmé qui pour le coup aura une couleur un petit peu différente, pas autre, mais plus évidente. 



Pour revenir sur les titres présentés dans le second EP et qu’on connaît déjà il y a « Rupture ». Il illustre globalement les airs du premier EP. C’est la combinaison entre une mélodie classique, des paroles murmurées, des tonalités accentuées... et crée un mélange de genre. Comment cette combinaison vous est venue et quelles sont vos influences musicales ?

Ça a été si spontané que je n'ai pas vraiment réfléchi. Avec du recul je pense que ça vient des influences de Bossa Nova que j'ai grâce à mon père depuis petite. C'est les premières musiques que j'écoutais. Des influences de chansons françaises, de la variété française, où j'écoutais Christophe comme Michel Berger et Jean-Jacques Goldman comme les chansons de mon père (qui est auteur-compositeur-interprète par passion). J'ai aussi beaucoup écouté et j'écoute toujours du rap américain. Je pense que c'est un mélange de toutes ces influences qui m'inspire tous les jours. 
 
 « Ta voix » est une chanson relativement joyeuse par rapport aux autres et pourtant dans « Malsain » et « L’envie d’écrire » on retrouve le doute. On a cette impression que vous dites qu’il vous est plus facile de vous exprimer à l’écrit qu’à l’oral. Est-ce que écrire c’est un peu comme coucher les leçons de votre vie ?
 
D'une certaine manière oui. Chanter, écrire et composer, le tout, c'est une manière de démêler des situations, des sensations ou des sentiments que j'ai eu et qui font ressortir des choses très fortes. Si je ne les exprime pas elles peuvent imploser ou restent des blessures qu'on garde en soi. Pour moi c'est une manière de soigner ça, de parler et ensuite d'échanger avec des personnes qui me disent « moi aussi ça m'est arrivé » parce que parfois, soi-même, on n'arrive pas bien à se raconter. 
 
Sur ce nouvel EP, il y a deux nouveaux titres « Bonjour Tristesse » et « Juillet Formiguères ». Quelle est l’histoire de ces chansons, de quoi parlent-elles ?
 
Il y a deux titres inédits. Le premier c'est « Bonjour Tristesse » qui raconte la rencontre d'une jeune fille avec la lucidité. Ça parle d'une désillusion, de la nostalgie de l'enfance, du passage à l'âge adulte qui est un thème qui revient dans la plupart de mes chansons mais dans celle-ci c'est vraiment le thème principal. Il y a un autre titre qui s'appelle « Juillet Formiguères » qui lui raconte la nostalgie des colonies de vacances. Formiguères c'était une ville dans laquelle j'ai passé beaucoup de colonies de vacances en tant que jeune et, ensuite, animatrice au mois de juillet. Ça raconte les souvenirs joyeux et moins joyeux des colonies de vacances et plus largement des groupes de jeunes qui vont en vacances même si ce n'est pas dans le cadre d'une colonie mais d'un endroit où on peut faire les 400 coups, où il y a cet air de la liberté qu'on n'a pas dans le quotidien tous les jours. 
 
Finalement il y a toujours cet aspect de mélancolie…
 
C’est vrai. On reste dans le démêlage du passé. 
 
J’ai cru comprendre que certaines chansons vous viennent spontanément, d’autres sont plus compliquées. Quel est votre processus d’écriture ? Plus basé sur l’inspiration à un moment ou il vous arrive de vous poser et de vous dire « il faut que j’écrive » ?
 
Il y a des moments où ça sort. C'est rare que je vais me mettre au bureau ou derrière une table avec un stylo en me disant là il est temps d'écrire un texte. C'est vraiment parce que le texte est là et qu'il faut le sortir que je l'écris. D'ailleurs c'est souvent dans des situations incongrues donc ça va souvent être sur mon téléphone que je vais commencer à pianoter parce que je suis dans un moment où normalement je ne pourrai pas écrire comme dans le métro, à l'époque en cours. C'est rare que ce soit parce que c'est le moment. 
 
Vous avez aussi écrit 3 chansons pour le prochain album de Christophe. Quelles différences faites-vous entre écrire pour vous et écrire pour les autres ?
 
J'ai eu cette chance avec Christophe que la consigne qu'il me donne soit d'écrire comme si c'était pour moi. Il m'a dit « Ne le fais pas pour moi. Ne réfléchis pas à ce qui pourrait aller dans ma bouche. Fais le comme toi tu le sens quand tu écoutes la chanson et ce que toi tu aurais écrit. ». Ça m'a donné une liberté énorme parce que du coup j'avais une pression en moins. Je pense que finalement j'ai parlé de ce que moi je ressentais en écoutant ces chansons, ce que ça m'inspirait, ce que je pouvais avoir vécu. Il y avait une liberté qui du coup n'est peut-être pas ce qu'on fait dans l'exercice classique  d'écrire pour les autres. Je pense que ce n'est pas toujours comme ça, qu'il y a parfois un thème à respecter. Christophe était la première personne pour laquelle j'écrivais un texte qui n'était pas pour moi et il me semble que ça a été une exception car à mon avis ça se passe rarement comme ça. 
 
Et c’est un exercice que vous aimeriez renouveler ?
 
J’adorerai. L’envie était là, l’appréhension aussi et là, l’envie est encore plus là et l’appréhension plus grande.
 

 
 
Dans le clip de « Rupture » et dans le nouveau clip de « Ta voix » en acoustique, il y a à chaque fois la notion de doublement de ta silhouette. Est-ce un choix juste artistique ou une manière de représenter vos différentes facettes ?

C’est vraiment un choix artistique. Il me semble qu’on a tous, mais que chacun l’exprime comme il le sent et moi c’est l’écriture, cette impression d’être plusieurs en soi. Je n’arrive pas toujours à bien me comprendre. J’ai l’impression qu’on doit tous choisir une certaine facette de qui on est ou de vers quoi on va et qu’on doit abandonner certaines voies qui nous parlent. Je me dis que dans la musique c’est là que je peux leur donner vie, où je peux finalement questionner tout ça. La duplication est un choix artistique qui répond complètement à cette problématique qui m’anime énormément.

Là encore, on retrouve l’idée de se parler à soi-même…

C’est se parler à soi-même et je pense, du moins c’est ma position aujourd’hui, qu’on n’est pas une seule et unique façon d’être. On est tous assez complexe et on peut le mettre en scène de manière assez marrante comme dans « Ta Voix » et de manière dramatique comme dans « Rupture » où une rattrape celle qui est extravertie et qui l’empêche de sortir car c’est la rigidité qui gagne.
 
A quoi peut-on s’attendre pour la suite sur scène, en studio.. ?

J’ai déjà commencé à travailler sur l’album, je commence à construire un spectacle. Il n’y a pas de scènes organisées pour moi toute seule comme sur une tournée. Je me concentre plus sur les premières parties qui ne sont pas encore fixées mais dès qu’il y aura des dates, je communiquerai dessus. Et il y a quelques petites scènes ponctuelles mais pas encore des concerts longs, ce sera plus à l’occasion de l’album donc y a encore du travail. La prochaine que j’ai c’est le 9 mars à la 18h à la Fnac Montparnasse.

Vous avez eu l’occasion de faire des belles premières parties avec Thomas Dutronc notamment face à un public qui sait apprécier la variété française. Qu’est-ce que ça représente de faire ce genre de première partie ?

C’est assez fort puisque j’avais en même temps un public qui n’était pas le mien, qui ne m’attendait pas et qu’il fallait convaincre et, en dehors du fait que ces gens ne m’attendaient pas, enfin une grande salle, quelque chose qu’on attend tous quand on commence à faire de la musique. J’avais envie de donner beaucoup et de m’éclater tout en étant dans la retenue car je savais que je devais juste me présenter et essayer de faire quelque chose qui n’est pas ce qu’on fait quand on sait que les gens sont là pour nous. C’était un exercice assez paradoxal et assez difficile. Sur le coup je ne me suis pas dit que c’était difficile mais plus que c’était l’occasion de faire de la scène, de s’entraîner avec un public qui aime la musique et ce côté très musicien de Thomas Dutronc qui est très investi dans ce qu’il fait. Pareil pour la Grande Sophie, auteure-compositeur-interprète que j’adore, qui a un public très attentif aux mots, aux rythmes, qui a une oreille plus fine et ça m’a fait vraiment plaisir de me frotter à ce genre de public.

Quelles sont tes cinq chansons du moment ?

Room In Here – Anderson Paak
Grands Soirs – Alex Beaupain
Plume – Nekfeu
Do or Die – Oxmo Puccino
Here – Alessia Cara

C’est des chansons qui vous ressemblent beaucoup avec des artistes qui font attention aux mots, qui aiment jouer dans les tonalités… Vous avez indiqué écouter du rap américain, est-ce que vous prêtez attention à la construction des chansons, au style employé ?

Je découvre un peu maintenant. J’écoutais ça d’une manière pas si attentive, c’est juste que ça m’entraînait, ça me plaisait et maintenant j’essaye vraiment de comprendre comment c’est fait, comment c’est conçu. Je découvre une vraie minutie de leur part. Ils ont un choix de consonance, de consonnes plus que des mots qui sont particulièrement fortes et qui va donner toute la force au morceau. J’adore aussi qu’il fasse des répétions de certains mots à certains endroits qui peuvent provoquer quelque chose, qui moi me porte. Je trouve que le rap américain, quand il est bien fait, c’est hyper puissant, c’est très fort.

 
Et c'est sur des derniers mots que l'interview s'est terminée. Une interview qui nous en apprend plus sur ses goûts musicaux, son projet, ses inspirations... Le second EP « Mesure Seconde » est à retrouver sur toutes les plateformes.
La prochaine étape c’est donc de la découvrir en live et pour ceux qui en auront l’occasion, Laurie se produit pour un showcase à la FNAC Paris Montparnasse le mercredi 9 mars à 18h.
 
 
 
 

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