Féministe et fan de rap

lundi 22 février 2016




Est – ce qu’on peut être féministe et fan de rap ?

Je ne suis ni féministe ni fan de rap. Je déteste le mot féministe. Je ne sais plus vraiment si il est positif ou négatif, tout le monde en a un sens différent et j’ai cette triste impression que ce n’est qu’un terme à la mode pas employé à la hauteur de ses valeurs et de son message. On parle de féminisme comme on parle de son petit déjeuner, on en oublie le sens politique, culturel et manifeste du mouvement. Malgré tout, la place de la femme est importante pour moi. Avoir des devoirs, des droits, acquérir des statuts équivalents à ceux des hommes. La femme est un être humain qui a la même place que l’homme dans ma société. Je pense que ce qu’un homme a le droit de faire ou le droit d’avoir, une femme en a aussi le droit. Quant au rap, je me surprend à décortiquer textes, paroles et messages politiques ou apolitiques, sociétales. Je me demande aussi souvent qu’elle est la dose d’éxagération dans les discours « j’ai tout vu tout vécu ».

Néanmoins quand on pense au rap on pense violence, vulgarité. On pense à ces hommes qui traitent les femmes de chienne, salope, pute et j’en passe. On pense à ces paroles où ils disent qu’elles sont toutes à leur merci parce qu’ils ont réussi, qu’ils en font ce qu’ils veulent, qu’ils les retournent et puis voilà. On dévalorise l’image de la femme, on la réduit souvent à un simple objet. On l’accuse, on l’attaque, on la menace quand le texte fait référence à la rupture. Et pourtant ces rappeurs sont les premiers à adulter leur mère, à dire qu’elle leur a tout appris, que c’est la huitième merveille du monde, qu’ils feront tout pour elle. Un message des plus contradictoires quand on lit leurs émotions dans leurs chansons.

Alors l’autre jour J. m’a demandé qu’est ce que je pensais de ces textes provocateurs et réducteurs alors que je suis la première à m’indigner sur la manière dont les mecs traitent les nanas. J’ai une réponse et pas de réponse à la fois.

J’associe les rappeurs à des personnages qui ne réflètent pas la personne qu’ils sont dans la vie de tous les jours. Déjà ils ont un nom de scène, ils se cachent derrière leur « blaze » comme si un autre parlait pour eux. Ensuite, je pense qu’entre le texte et la personne humaine, il y a un fossé. Quand il s’agit de musique, je me permets de juger que sur ce que je connais. Je connais la chanson, je l’entends, je lis son message. Je ne connais pas l’artiste personnellement, je ne connais pas ses habitudes et ses valeurs. Naïvement, je pense que quand Orelsan écrit « Sale pute » il ne s’exprime pas en son nom. Il ne s’exprime pas en tant qu’Aurélien la personne civile mais en tant que Orelsan l’artiste qui couche ses émotions après une mauvaise rupture, après avoir été touché dans son égo. Je pense donc qu’il faut différencier le rap produit par le chanteur et la personne civilement enregistrée auprès de l’état et qu’on ne connaît pas.

Je pense aussi qu’on n’écoute pas du rap pour entendre des sérénades et des mots doux. On sait que c’est un genre où les mots durs sont employés, où sont essayés des figures de style, où on veut faire réagir et provoquer. Je pense que les rappeurs écrivent pour interpeler pas pour qu’on danse sur leur musique en boîte ou accompagner notre trajet matinal entre la maison et le bureau. Je pense qu’ils veulent donner plus de sens à leur musique et qu’ils jouent dans la provocation pour se faire entendre. Je n’écoute pas du rap pour entendre les termes « bébés », « mon amour » ou « la femme de ma vie ». Après tout, depuis quand un rappeur est un canard ?  

Et puis après réflexion, l’image de la femme est aussi souvent dégradée dans d’autres genres. On n’utilise pas les termes « pute » ou « salope » mais on utilise des métaphores pour bien souligner que la femme n’est là que pour le plaisir de l’homme, que c’est un objet sexuel et rien de plus. On déguise cela derrière de la sensualité et un rythme doux. C’est tout de suite moins bruyant qu’un texte faussement engagé classé dans la rubrique rap. Dans mon souvenir, personne n'avait dénoncé les termes utilisés dans Confessions Nocturnes alors qu'ils n'étaient pas élogieux non plus.

Alors il est vrai que je déteste l’utilisation de ces termes, de ces images qui réduisent la femme à être là quand l’homme le décide mais je ne veux pas accuser non plus. Je ne pense pas nécessairement que ces textes incitent à la violence ou alors c’est que les abrutis qui pensent cela ne savent pas faire la différence entre un texte musical travaillé qui correspond à un art nourrissant la culture et une incitation à frapper sa compagne de manière clair, concise et précise. Ma seule réponse c’est que je ne cautionne pas ces termes, je ne cautionne pas l’image dégagée par ces chansons et même si l’artiste est responsable de ce qu’il écrit, je ne jugerai pas la personne morale qu’il est car je ne le connais pas. J'aime la musique, j'aime la composition et la création. Je ne cautionne pas tout mais je souligne le travail, la recherche de la mélodie associée au texte et à l'idée défendue. Je pense qu'on a tous le droit de s'exprimer et que la musique laisse plus d'expression à ce qu'on peut dire et ne pas dire car on y associe une forme différente que celle d'un discours politique. Je pense aussi qu'on sait à quoi s'attendre quand on écoute ce style et que si on est en total désaccord, cela ne sert à rien d'aller chercher des poux à des gens dont on ne partage ni la passion, ni les idées, ni les valeurs et avec qui il y aura que conflit et non compréhension.

Je pense qu’on peut être féministe et fan de rap car cela montre qu’on accepte les différences, qu’on se nourrit de la culture, qu’on sait faire la part des choses et qu’on s’enrichit de la société en accord et en désaccord avec nos pensées pour mieux la comprendre et la faire évoluer.


Et vous, qu'en pensez-vous ? Trop provoquant, anti-féministe, réducteur ? 
Ou y a t-il un juste milieu ?


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