Dis moi de quel milieu social tu es et je te dirai quel type de footballeur tu seras

mardi 23 février 2016

Il serait mauvais de comparer les deux histoires suivantes et pourtant… Aurier et Benzema. L’un a insulté publiquement son entraîneur et ses coéquipiers sur un média social, l’autre est mis en examen par la justice française pour avoir fait du chantage a un de ces coéquipiers. Les deux sont footballeurs, les deux ne sont pas blancs. Je ne suis pas raciste bien que je pense qu’on est tous raciste de quelqu’un, personne n’est parfait et on n’aime pas la terre entière mais quand j’utilise les termes blanc, jaune, noir ou autre dans ce texte, c’est juste pour décrire par les mots la réalité de la situation. Je n’attaque personne.

Je me permets de comparer les deux histoires parce que c’est ce qu’on fait les médias et je trouve cela répugnant. Cela fait une semaine qu’on compare l’attitude d’Aurier à celle de Benzema. Cela fait une semaine qu’on s’en prend à lui en reprochant ses fréquentations, son milieu d’origine, son enfance… Cela fait une semaine qu’on fait l’amalgame sur le milieu social dans lequel a grandi ce joueur et ses propos. C’est exactement ce qu’on avait fait avec Benzema. Il suffit qu’il y a un pote dans l’histoire, d’enfance ou pas, pour reprocher à ces personnes de ne pas savoir s’entourer, de jouer les caïds, d’être de ceux qui se pensent intouchables car après avoir grandi dans les quartiers ils ont réussi. Bon bien sur, beaucoup ont pris la grosse tête, c’est le gamin qui a réussi, il entretient toute la famille mais est-ce significatif de ne voir que ça, que l’aspect social et pailette ?
On ne parle plus d’Aurier comme un joueur du PSG mais comme un joueur noir Ivoirien. On ne parle plus de Benzema comme joueur de l’équipe de France mais comme footballeur d’origine algérienne. J'ai même lu un article disant que le fléau du football était les musulmans. On détourne le problème en lui cherchant des raisons sociales alors qu’on parle de fait qui n’ont aucun rapport avec le fait qu’on soit né en Afrique, en Australie ou même dans une campagne chinoise. On remet en cause la nationalité, le lieu où ils ont grandi alors qu’on sait qu’aujourd’hui on ne naît pas tous avec les mêmes chances. Oui il y a des gens plus riches que d’autres, qui ont mieux réussi mais on peut aussi évoluer dans l’échelle sociale et il faut arrêter de rabaisser chacun (footballeur ou non) en fonction de son origine. Il est certain que mes cours de SES de terminale vous diraient qu’on est tous influencé par nos groupes de pairs, c’est vrai, mais ces groupes changent, grandissent, évoluent.

Hier je vous parlais de ces rappeurs qui sont pour moi des personnages sur scène, je pense aussi qu’il y a le footballeur, le joueur qu’on voit sur le terrain, et la personne morale dont on ne sait rien. On juge d’après les enquêtes des médias qui vont interroger les voisins, amis d’enfance et maîtres d’école pour dresser un portrait robot de qui était cette grande star durant son adolescence. Comme si cela avait un lien. Je pars du principe qu’on grandit tous, qu’on évolue tous et que penser qu’on peut justifier et attaquer quelqu’un sur le comportement qu’il avait quand il était plus jeune est injuste. C’est comme si on partait du principe que personne change, que les cons restent des cons, que les intelligents restent des intelligents.

Aurier n’est pas le premier joueur a insulté ses coéquipiers et son entraîneur, c’est juste l’un des premiers à se faire piéger par les médias sociaux. Benzema n’est pas le premier mec qui fait du chantage mais c’est le premier footballeur avec cet aura. Ils sont le reflet d’une société qui se perd, qui va mal, qui est abusé par la technologie, dépassé par la raison. C’est une société qui s’enflamme, qui ne se rend pas compte de la portée de ses actes. C’est notre société.

Je ne veux pas défendre Aurier. Il s’est brulé les ailes, il a cru qu’il pouvait dire ce qu’il voulait sans que ça ait de répercussion. Il passait une bonne soirée avec son pote et de fil en aiguille, boum.
Je ne veux pas défendre Benzema. Il a lui même avoué avoir joué de Valbuena. Il aurait pu dire à son ami qu’il ne rentrait pas dans cette histoire mais c’est le frère, il vient du même bled et on est pire que des kikoo sista besta.
Je défends encore une fois le fait qu’il faut arrêter de justifier les actes de chacun d’après le milieu social dans lequel il a grandi, cela joue oui mais c’est réducteur. On stygmatise et on élimine l’égalité des chances, on dit qu’on ne peut pas évoluer socialement. On ne veut pas laisser grandir et laisser sa chance à autrui de changer. Je parle de cela à l’échelle du football comme à l’échelle de ce qu’on voit tous les jours dans nos villes ou ce qu’on voit dans la société. Combien de fois j’ai entendu des personnes refuser des candidatures en disant « non lui je le prends pas » à cause de la connotation de son nom de famille ? Qui sommes nous pour juger un nom, une origine, un visage ?

Alors Aurier ou Benzema, ils ont fauté et ils le savent. Je ne pense pas que ce soit utile de vouloir trouver des dizaines de raisons à leurs actes. C’est fait, c’est du passé et ils subissent les répercussions dans le présent. L’un comme l’autre, je leur souhaite juste de revenir encore plus fort. Que quand on vantera leur talent on ne parle plus de la classe sociale dans laquelle ils ont grandi, qu’on parle d’eux en tant qu’être humain, en tant que personne et non d’origine. Aurier est un excellent arrière droit quant à Benzema, j’aime le détester car je le trouve lasse en Equipe de France mais lui aussi est remarquable.

Bien sur, ce n'est que ma vision des choses et je comprends que certains justifient leurs actes d'après leur entourage. J'essaye juste de voir plus loin, naïvement peut-être.


Pensez-vous vous aussi que les actes d'Aurier et Benzema peuvent être justifiés par le milieu social dans lequel ils ont grandi ?




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