Lettre à Charlie

jeudi 7 janvier 2016





Cher Charlie,

Tu te souviens de cette lettre que j’avais commencé à t’écrire début Novembre pensant innocemment que de toute façon mes mots seraient les mêmes en cette triste date anniversaire. J’avais tort. J’avais voulu coucher mes mots dans la précipitation, pour ne pas oublier de t’écrire mais entre temps, tout a encore changé. Malgré ce 13 Novembre, je n’ai pas trop changé mes phrases, l’idée reste la même : celle de continuer à vivre, continuer à écrire, continuer à penser. Alors voici ce que je te disais…

Je ne sais pas vraiment si tu es une fille ou si tu es un garçon, je ne sais pas si mon cher devrait prendre un e mais je sais que cela fait déjà un an que tu as bousculé la France. Par surprise, il était presque midi quand on a eu vent de ces terribles événements. Pendant trois jours, nous n’avons pas décroché de nos téléphones, ordinateurs et télévisions pour savoir quand cette horreur allait prendre fin. On a eu peur, on a eu mal, on a pleuré, on a fermé les yeux, on s’est dit « et merde ».
Charlie, l’espace de quelques jours tu nous as réuni. Nous, la France, tu nous as fait nous soulevé pour montrer qu’on était fort, qu’on était vivant, qu’on allait continuer d’écrire, d’être cynique, de se défendre mais aujourd’hui, un an plus tard, j’ai l’impression que ce n’est qu’un lointain souvenir. Je me souviens comme si c’était hier de ces événements, de ces terribles images mais cette union, ces marches, c’est comme si elles n’avaient plus trop de valeurs. C’était sympa de dire qu’on avait pris part à la marche républicaine, sympa de le dire sur Facebook et d’afficher sa photo sur Instagram mais voilà, c’était juste sympa le temps d’une semaine. Aujourd’hui, retour à notre égoïsme, retour à notre individualisme qu'instrumentalise le FN.
Des dizaines de médias vont rédiger des articles au titre « Un an plus tard, rien a changé » pour nous dire qu’on est toujours dans la merde, qu’il y a toujours du terrorisme, que nos politiques ne nous disent pas tout. Aujourd’hui, il n’y aura pas un seul discours positif d’énoncé et c’est ça qui me dérange.
Je ne suis pas assez branchée politique pour faire ce constat moi même et même si je l’étais, à quoi ça sert de rendre ce jour un peu plus noir qu’il ne l’est déjà. Charlie, tu nous as dit de nous aimer, tu nous as dit de faire ce qu’on aime sans avoir de regret, tu nous as dit de ne jamais laissez personne briser nos rêves.
Le 7 Janvier n’est pas une jolie journée sauf si on en décide autrement. N’écoutez pas ces gens qui vous diront que le pays n’avance pas, que les menaces continuent car sinon vous aurez toujours peur. Je suis quelqu’un qui a peur de tout alors imaginez le nombre de crises de panique que je ferai à la journée si j’écoutais ces pessimistes. A la place, préférez le discours de Charlie. Ce discours d’amour, de paix, de conquête. Ils avaient peur, sans doute, mais ils avançaient parce que c’est ça la vie. Charlie nous a appris qu’on ne sait pas ce qui peut se passer demain mais qu’on peut être libre de nos choix dans le présent.
Merci Charlie. Merci de nous avoir fait sentir français, merci de nous avoir uni et merci d’avoir partagé avec nous ton expérience. Elle s’est un peu dissipée mais dans nos cœurs, nous pensons toujours à toi.Je pense à ces héros qui nous ont quitté lors de ces trois jours et je leur promets que je continuerai à écrire ce que je pense, à vivre ma vie comme je l’entends.

Et même si dans cette lettre, je ne devrais pas oublier ce qui s’est passé depuis, ce 13 Novembre qui a à nouveau bouleversé notre pays, qui nous a fait pleurer, je ne veux pas tout mélanger. On a commencé à s’attaquer à des hommes, à leurs idées pour finir par s’en prendre aux idées d’une culture, notre culture. Charlie, je ne sais pas de quoi demain sera fait mais une chose est sûre, nous avons trop pleuré en 2015 pour que 2016 nous bouscule à nouveau. Charlie donne nous cette force de nous aimer, de nous soulever et de ne jamais avoir peur. Il y a eu un 7 Janvier, il y a eu un 13 Novembre et ces dates resteront des cicatrices dans nos mémoires. Une cicatrice, ça pique, ça brule, ça fait mal mais ça ne nous empêche pas de vivre. Alors Charlie soit le témoin de notre génération, de celle qui vit, qui rit, qui chante et qui danse, qui dit qu’elle n’a pas peur même si elle a un peu peur, qui aime et qui prend dans ses bras ses frères et sœurs qui croient en un autre dieu. 

Tendrement,


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