Nekfeu, le rap intelligent ? | Music Monday

lundi 14 décembre 2015




Je m’excuse d’avance pour la longueur inhabituelle de ce post. Vous l’aurez compris avec le titre, on va parler musique comme tous les lundis mais on va aussi parler de rap, musique qui n’est absolument pas mon domaine de prédilection ce qui explique que dans ma réflexion j’ai beaucoup de choses à dire.

Remontons quelques semaines en arrière quand j’ai regardé l’interview de Nekfeu sur Clique.TV (d’ailleurs j’aime tellement Clique.TV que je vous en parle plus en détail mercredi). Jusque là, Nekfeu c’était un rappeur plutôt sympathique, dont je n’entendais pas parler pour des histoires de violence comme avec d’autres et puis 1995, c’était archi populaire quand j’étais au lycée même si je ne connaissais que « La Suite ». Du coup j’ai regardé cette interview en deux parties et je me suis surprise à penser que je comprenais, un peu, sa réflexion.


Que je vous explique. Le rap ce n'est pas ma tasse de thé. A écouter ces chansons vous avez l’impression que les rappeurs ont tout vécu dans leur vie, qu’ils ont eu une adolescencetrès  compliquée et que là à 25 ans, ils vous en font le récit avec un disque et non une autobiographique. Les textes vous parlent de policiers, de drogues, de nanas, d'armes et de misère. Tantôt ils sont les plus forts, les gros durs du quartier et puis après ils se remettent complètement en question parce qu’ils ne comprennent pas l’amour. C’est très souvent cru et je n’ai jamais accroché. Et puis je vous avoue que je trouve ça un peu prétentieux de croire qu’ils ont tout vécu. Sérieusement, comme s’il fallait forcément écrire des chansons quand on a été blessé par la vie. Je vous rassure pourtant j’en ai écouté du rap, avec La Fouine qui vient de chez moi, tous les mecs de mon lycée écoutaient que ça. On passait même par sa boutique le mercredi après-midi…

Par contre j’ai vu Joey Starr en concert cet été ! Le mec est perché, vous ne comprenez rien à ce qu'il fait, je n’ai toujours pas compris ce qu’était un « Caribbean dandee » mais son énergie les gars (bon un peu animée par le fluide de la bouteille d’alcool qu’il tient dans les mains) est folle. Et en parlant de Joey Starr, son interview avec Mouloud sur Clique.TV est aussi super intéressante.

Avant de revenir à Nekfeu, ça me fait penser que je ne comprends rien à cette appellation de « rappeur ». Je reconnais que mes connaissances se limitent au rap qu’on entend à la radio mais sérieusement pour moi Maître Gims et Black M, ce n’est pas du rap. Nekfeu, Booba, Rohff et compagnie ça y ressemble plus. Les premiers vous écrivent des chansons un peu pop en remplaçant les punchlines qui vont la singularité du rap par des accroches de loveur que même M.Pokora pourrait écrire. Du coup, c’est un premier point sur lequel je suis perdue car à mes yeux, on met dans le même bateau des gens qui n’appartiennent pas au même genre musical.

Nekfeu face à Mouloud. Interview très intéressante, mec posé et réfléchi. Je ne reprendrais pas l’expression « rappeur de bonne famille » que j’ai entendu dans d’autres interviews que j’ai regardées mais au premier abord ce n’est pas un rappeur animé par la violence et en interview il n’est pas là pour régler ses comptes. Pour comprendre le phénomène, je ne me suis pas arrêtée à Clique.TV et j’ai regardé d’autres interviews, j’ai décortiqué les paroles et j’ai fait l’erreur d’aller regarder les clips. Jusqu’aux paroles on était plutôt bien mais je ne comprendrai jamais le style des rappeurs. A quel moment on porte des lunettes de soleil en pleine nuit ? A quel moment ça ne suffit pas de mettre une casquette sur la tête qu’il faut aussi rajouter la capuche ? A quel moment le jogging est acceptable en soirée ? C’est totalement le cliché du mec sorti de sa cité : deuxième point d’incompréhension.

Après cette étude de l’album « Feu » dont il y a eu une réédition au début du mois, je peux dire que le rap ce n’est pas déconnant à écouter mais surtout à comprendre. Je l’admets cela a l’air plus technique qu’on peut le penser avec des histoires de boucles, de beats, de vagues et autres. Il y a un vrai travail de recherche pour que l’instrumental aille parfaitement avec le message de la chanson, avec les mots employés et artistiquement, j’avoue que c’est assez intéressant. Finalement faire une review d’un album de rap doit être plus difficile qu’on pourrait le croire.
Les paroles doivent aussi être un gros travail. Dans un sens, c’est mettre son cœur a nu, ses émotions mais sans utiliser les expressions de canard des autres parce qu’on veut montrer qu’on reste super fort. Je pense que le rap c’est écrire des chansons pour partager une histoire en utilisant des mots plus forts pour que chaque punchline vous fasse réagir. Ce n’est pas juste un « Il était une fois… » c’est beaucoup plus. Les textes sont intéressants, le vocabulaire est parfois tout autant banlieue que haute société, on y trouve de l’humour et des jeux de mots, le style d’accord montre qu’on ne fait pas juste du rap comme certains le disent mais vraiment de la musique.



Je ne suis plus en première donc je ne vais pas vous faire une analyse de texte mais faites moi plaisir et lisez les paroles de Plume, Martin Eden ou encore Rêve d’avoir des rêves. On y trouve pas seulement des mots qui s’emboitent pour faire une jolie chanson mais aussi un travail de composition et d’agencement de termes à souligner. De l'antiphrase à la métaphore en passant par l'hyperbole, on y trouve quelques figures de style. Les rappeurs ont au moins le mérite de, bien qu’ils nous balancent des « ouai ouai », meubler des chansons autrement qu’avec des « ohhhhhhh » ou « ehhhhh ».

Mon vrai problème avec le rap c’était qu’à mes yeux on avait des mecs qui se croient super forts, qui pondent un texte où ils insultent beaucoup de monde, qui font un beat derrière et qui pensent qu’ils ont fait de la musique qui va changer la vie de quelqu’un. Je l’admets, je me suis peut-être un peu trompée et se baser sur la première impression d’une chanson écoutée dans les embouteillages avant le pont de Saint Cloud n’est pas la vérité. Vous le savez, j'ai une peur phobique de la violence et c’est cette violence que je n’aime pas dans ces textes et qui me font les fuir. Néanmoins, derrière cette violence, il y a finalement peut-être un message plus important à écouter. Après tout, à ma connaissance, aucun rappeur ne s'est transformé en gourou. 

Moralité de cette histoire : je ne connais toujours rien au rap mais je suis prête à apprendre et surtout à comprendre ce qui est un bon début. Je ne vous dis pas que je serai demain au premier rang d’un de leur concert (ou alors en festival si) mais dans toute cette haine, il y a parfois du positif à ressortir. D’ailleurs si vous vous y connaissez en rap, c’est avec plaisir que j’attends vos recommandations de chansons, d’artistes et autre afin de satisfaire ma culture musicale.

Et ma recommendation c'est donc d'écouter la réédition de Feu où on retrouve Ed Sheeran d'ailleurs. Je pense qu'il me fallait ce signe pour comprendre que le rap c'était peut-être pas ce que je pensais que c'était ;)




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