Tour de France vs Tour of Britain

mardi 22 septembre 2015


Ceci est encore un article où je vais parler de vélo. C’est étrange d’ailleurs parce que je n’ai jamais été « fan » mais je crois que mes longues après-midi d’été à regarder le tour avec mon grand-père ont suscité en moi une certaine affection pour ce sport.




Si vous me suivez sur Instagram vous le savez déjà, le week-end dernier je me suis glissée parmi les londoniens pour voir à quoi ressemblait le « Tour of Britain ». J’ai tout d’abord été faire un tour dans leur « village » qui correspond a pas plus de 6 tentes posées sans aucun sens à Trafalgar Square, d’un ennui à mourir, puis j’ai été me mettre derrière des barrières juste à côté du village des coureurs et a proximité de la ligne d’arrivée (pour ceux qui connaissent c’est à Waterloo Place). Face a l’ennui que me suscitait l’attente sans animation, j’ai d’abord cru que j’allais rapidement m’en aller et puis j’ai fait la connaissance de ma voisine de droite.

Je ne sais pas si vous avez remarqué mais souvent les longues conversations avec un inconnu commencent par parler de la météo. Elle m’a tout d’abord dit qu’on n’avait pas de chance d’être à l’ombre avec ce vent (parce que les barrières d’en face était réservées pour l’hospitality) et la conversation a continué entre chaque tour.

Elle portait un imperméable bleu clair, des chaussures fuchsia et avait un petit sac rose sur l’épaule. Elle paraissait jeune pour son âge, portait soigneusement un rouge à lèvres assorti à la couleur de ses chaussures et avait une coloration entre le roux et le brun. Elle avait des lunettes comme ma grand-mère. Elle me paraissait presque familière en fait. De temps en temps en voyant des coureurs inconnus, elle sortait ses feuilles préalablement imprimées où était détaillé le nom, la nationalité et le numéro de chaque coureur par équipe. C’est d’ailleurs comme ça qu’on se rendit compte que celui qui changeait sa roue ou celui qui était dernier était souvent français.

Elle m’a raconté qu’elle était passionnée de cyclisme et qu’elle et son mari avait l’habitude de se déplacer  dans l’Angleterre pour voir des courses. Elle est aussi venue à Paris voir le Tour il y a de ça quelques années. Elle suit certains cyclistes depuis qu’ils sont chez les juniors comme Cancellara qu’elle a eu la chance de rencontrer cette année. A quelques jours d’une course, elle savait où s’entraînait l’équipe et avait été les voir lors du training mais lui, étant un sprinteur, avait l’habitude de s’entraîner dans son coin. Elle parlait avec deux espagnols de l’équipe et leur dit qu’elle ne l’avait pas encore vu. Ils lui sourirent et lui dirent qu’il était assis sur le canapé derrière elle. Elle m’a dit lui avoir raconté à quel point elle l’admirait et qu’il était impressionné qu’elle sache autant de choses sur son parcours. Le lendemain lors de la course, alors que tout le monde l’appelait pour faire des photos et pour qu’il signe des autographes, il ne répondit à personne sauf à cette gentille dame qu’il invita à s’approcher pour prendre une photo. C’est une rencontre qui l’a marqué, qui l’a touché. L’une de ses plus belles rencontres.






Elle m’a aussi confié souvent avoir vu des spectateurs irrespectueux, pensant que le cycliste était à leur merci, s’introduisant dans leur vie privée, n’ayant aucun scrupule à les aborder alors qu’ils profitent de leur jour de repos en famille. Elle a déjeuné avec les frères Schleck sans pouvoir savoir lequel était Andy et lequel était Franck. Elle connaît du monde, elle connaît des anciens coureurs reconvertis en manager, elle connaît les nouveaux coureurs et aime prendre en photo ses rencontres. Elle n’aime pas se prendre en photo avec ces coureurs, elle aime prendre les coureurs en photo, garder en mémoire le visage de cette personne avec qui elle a discuté. Je trouve que c’est une jolie façon de se créer un souvenir, plus jolie que prendre une photo avec une personnalité et de s’en aller.

A chaque coureur anglais, elle tapait contre les barrières en encourageant le coureur. Elle me familiarisait avec les noms de chacun et avec les anecdotes qu’elle avait à me raconter. Elle m’informa qu’une équipe était uniquement composée de diabétique, je trouve que c’est une jolie cause à défendre et à médiatiser. Elle m’ouvrit les yeux sur ce que c’est le cyclisme : des étapes d’au moins 200km tous les jours, des voyages de nuit pour atteindre la prochaine ville, peu de récupération et une pression médiatique très importante.

La discussion a continué au fil des tours et devint plus personnelle. Elle me confia qu’elle et son mari allait fêter leur 50 ans de mariage le 9 Octobre prochain et qu’ils avaient été au Canada en Juin célébrer cet anniversaire, qu’elle avait une fille étant avocate et ayant 45 ans (ce qui font que cette dame devait au moins avoir 65 ans et qu’elle ne les faisait pas du tout), qu’elle avait arrêté de fumer il y a des années, que faire du vélo à Londres était assez dangereux et qu’il manquait des pistes cyclables. Elle souriait tout le temps, rigolait tout le temps. Elle était sympathique et attachante.

Finalement je n’ai pas plus suivi la course que ça et à vrai dire, je ne connaissais pas les coureurs. Je voulais voir la différence qu’il y avait avec notre mythique tour de France et c’est bien différent. Un pauvre village avec très peu de sponsors, pas de caravane, un accès au village des coureurs et à leur bus libre à tous, un casquette et un drapeau en guise de goodies et finalement peu d’attrait pour l’événement. A moins de 300m de l’arrivée j’étais contre une barrière sans personne derrière moi comme si ce n’était pas très intéressant. Les londoniens n’étaient pas très captivés et ça n’attire pas les foules comme en France.






J’adorerai pouvoir vivre le tour de France de l’intérieur, je trouve cet événement si captivant et si régional. J’ai l’impression qu’il reflète la France en la faisant voyager et je suis bien triste de voir souvent son histoire entachée par du dopage ou autre. Je ne suis pas fan de vélo, je n’aurai jamais de ma vie fait du cyclisme et pourtant je suis bien emprise par l’émotion que ce sport transmet. Bizarre…

Cher cyclisme, je t'aime bien même si les anglais, eux, te délaissent.

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