Toi, moi et les réfugiés

dimanche 13 septembre 2015




J’ai longtemps hésité à écrire cet article. J’ai posé le pour et le contre. Puis je me suis dit que tant que je restais honnête, j’avais le droit d’avoir ma propre façon de pensée.

Cela n’a pas pu vous échapper si vous regardez la télévision ou si vous êtes constamment sur internet, on fait face ces dernières semaines à la plus grande crise migratoire qu’est connue l’Europe depuis la deuxième guerre mondiale. C’est chaque jour des milliers de personnes qui tentent de rejoindre nos côtes européennes pour quitter l’horreur et la guerre de leurs pays comme en Syrie. Je dois admettre que depuis que j’ai quitté la France, je ne regarde plus les journaux et je ne prends pas le temps de me tenir correctement informée sur l’avancée de la situation si ce n’est ce que je lis sur les réseaux sociaux ou certains reportages sur des webzines.

Hier avait lieu à Londres cette manifestation pour l’accueil des réfugiés. Certains diront que ça n’a aucun rapport mais j’avais l’impression de me retrouver dans les rues silencieuses de Paris, il y a quelques mois de cela, après les terribles attentats qui nous ont touché. Là pour le coup ce n’était pas silencieux et chacun scandait fermement sa solidarité, pas non plus de pancarte « Je suis Charlie » mais d’autres où il y avait notamment écrit « Refugees Welcome ». Les gens sont venus en famille, ils étaient de tout âge et c’est là qu’on se rend compte que c’est toute une population qui se sent concernée, une population qui s’allie.



Chacun a son avis sur la question et même si on peut ne pas la comprendre, on doit quand même la respecter. Moi, jeune étudiante française, ayant toujours eu un toit sur la tête, de la nourriture dans mon assiette, ayant grandi dans un pays où j’ai des droits, je regarde cette situation et plusieurs pensées me viennent à l’esprit…

« - Mais comment on va faire pour les aider si on n’arrive même pas à aider les grecs ? Ils vont encore plus nous enfoncer économiquement et ça va être une catastrophe…
- Après tout si ils sont prêts à embarquer sur des bateaux gonflables, à risquer leur vie avec une traversée aussi dangereuse, c’est que ces gens doivent vraiment être malheureux et désespérés. Et si ils sont malheureux, on doit les aider.
- J’ai toujours eu beaucoup de chance et pas ces personnes. Elles débarquent peut être par milliers comme une invasion mais ce ne sont pas des étrangers, ce sont des êtres humains. J’ai de la chance et je ne dois pas les priver d’être heureux.
- Ces gens veulent juste être en sécurité comme je suis en sécurité. Ils ne viennent pas parce qu’ils n’ont pas de travail, ils viennent parce qu’ils fuient la guerre. Ils ne viennent pas nous faire du mal, ils viennent sauver leur peau.
- Mais ces gens là c’est souvent des personnes qui restent exclus, qui se regroupent en minorité, qu’on laisse idiotement à l’écart mais dont on finit par avoir peur car on ne les connaît pas. Est-ce que c’est pas dangereux?
- Si, en fait c’est dangereux. C’est dangereux de croire qu’il faut les exclure alors qu’il faut leur donner leur chance, qu’il faut les insérer. Beaucoup fuient parce que c’est la guerre mais beaucoup veulent aussi y retourner un jour si ils le peuvent.
- Alors quoi, je me mobilise pour ces personnes mais pas pour ces français qui font la Manche dans le métro? Mais elle est où ma charité chrétienne..?
- Et puis comment je fais si je veux aider tout le monde? Comment je fais si je veux aider ceux qui fuient les combats et ceux qui meurent de froid dans la rue? Comment je fais si je veux être juste? Comment je fais alors que je dois m’endetter pour faire des études?
- Pourquoi on annonce qu’on va créer des emplois pour ces personnes mais qu’on n’en crée pas en temps de crise alors qu’il faut relancer l’économie et donner un travail à ceux qui sont à Pôle Emploi?
- Oui mais je fais des études moi, j’ai cette chance. J’ai eu la chance d’avoir une éducation et je sais aussi que si on n’aide pas ces réfugiés, ce sera de nouveaux sans abris. Et puis l’aide ce n’est pas qu’une question d’argent. Un peu mais pas seulement. Et les emplois, c’est une manière de les insérer. »

Voilà très honnêtement toutes les pensées qui se sont bousculées dans ma tête face à cette situation. Je ne suis pas fière de certaines, je me trouve égoïste d’en penser quelques unes mais je ne peux pas dire que je ne les ai pas pensé à un moment, que je ne me suis pas interrogée. Malgré tout, à la fin de la journée ma position est celle de les aider, celle de ne pas fermer les yeux face à la détresse de ces personnes, celle de tenter de me rendre utile. Ce ne sont pas des animaux, ce sont des êtres humains et on serait à leur place, on aimerait tout autant être soutenu, être accueilli. On ne peut pas fermer les yeux parce que notre vie n’est pas la leur.



Et aussi pour une fois, je suis fière de ce monde du sport business et de ces clubs de football qui se mobilisent, qui donnent des millions et prêtent leurs infrastructures. Ce n’est pas grand chose face au besoin qu’il y a mais à côté de ça Apple qui est l’entreprise qui fait le plus de bénéfices chaque année préfère annoncer la sortie d’un nouvel iPhone à 800 euros. Bien sur ce n’est pas sur leurs côtes qu’il y a besoin d’aide mais quand même… Cela me fait réfléchir à ce que ça veut dire « être allié ». On est allié quand il faut faire la guerre mais on n’est pas allié dans la charité.

Je me pose beaucoup de questions face à cette crise migratoire, je me remets en question sur ce qui est bien et ce qui est mal. J’essaye de prendre du recul et de regarder comment petit à petit les choses avancent. Je suis aussi admirative, admirative de ces personnes qui risquent leur vie et qui ont plus de courage que j’en aurai dans ma vie entière. Je lis ces récits de réfugiés et je les trouve si forts, si grands dans leurs actes. Ils font des voyages de plusieurs jours sans boire ni manger, ils économisent des centaines de dollars pour une traversée de 15 minutes, ils se débrouillent, ils s’entraident et moi j’ai l’impression de n’avoir rien accompli à côté d’eux, d’avoir toujours eu une vie facile. Je me sens bête et j’ai l’impression que ces gens sont des héros. Moi et mon mental à 2 euros, je me dis qu’on se laisserait abattre par les épreuves. Eux, se dépassent pour vivre, pour pouvoir vivre alors que moi je pleure parce que je suis dans une collocation sale de chez sale.

On ne choisit pas où on née et c’est pour ça que ces gens ça pourrait aussi être nous et c’est aussi pour ça qu’on ne peut pas tourner la tête, qu’on ne peut pas ne pas voir.


Si vous souhaitez faire un don, faites le à une association « sûre » comme Amnesty International, la Croix Rouge ou le Secours Populaire. Vous pouvez aussi apporter des vieux vêtements, des vieux jouets ou des vieux livres. Beaucoup de personnes se proposent d’accueillir des réfugiés chez eux mais je crois que ce n’est pas quelque chose d’encore bien organisé si ça s’organise. Et si vous n’avez pas de moyens, priez pour eux, partagez le besoin d’aide et si vous les croisez, regardez les dans les yeux car ils ne sont pas malades, ils cherchent juste à être heureux.

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