Pensées récentes sur une vie bouleversante

dimanche 23 août 2015


Quand j’ai commencé à écrire ces mots il était 02h34 dans la nuit de dimanche à lundi. Mon frère vient de quitter mon lit après qu’on se soit pris dans les bras l’un de l’autre, qu’on ai mangé des Pringles et qu’on s’est dit qu’il fallait qu’on regarde Les Frères Scott ensemble (enfin juste le temps où Brooke et Lucas sont en couple). Allez savoir d’où vient cette nouvelle lubie de mon frère, sûrement de son excitation d’entrer en seconde alors qu’il y a quelques années il ne s’imaginait pas aller au lycée un jour.
Dans quelques jours je laisserai mes clés dans le pot et de l’entrée et irai en chercher d’autres dans la capitale anglaise. J’ai remarqué que je parlais beaucoup de mon départ ici, de ce que je ressentais et de comment je l’appréhendais même si en réalité j’appréhende plus le fait de quitter mes proches et de ne plus entendre les blagues de mon frangin h24 que la vie qui m’attend à Londres. J’ai compris que ce n’était pas seulement mon départ qui me faisait m’exprimer sur la question mais surtout le fait que l’année à venir est pour moi ma dernière année en tant qu’étudiante, la dernière avant la vie active et rassembler toutes ces pensées c’est aussi ma manière d’avoir mon journal de bord. Je suis trop mauvaise pour tenir un journal intime, et puis j’aurai peur d’y dire trop de choses et que quelqu’un tombe dessus. Ici j’ai l’impression que mon départ se fait de manière progressive sans trop que je me pose de questions, sans qu’on m’en pose aussi en me demandant comment avance mes valises… Puis tout ça, c’est aussi une manière de partager mon départ avec ceux qui partent ou partiront, leur dire qu’on est dans le même bateau. Puis bis, dans quelques années je retomberai sur ces ressentis et peut-être que ça me fera rire ou pas.



Aujourd’hui je suis dans le train direction Barcelone et je me dis que je suis quand même sacrément chanceuse d’avoir des proches qui me soutiennent dans ce que je fais. Mes proches m’encouragent à faire ce que je veux et m’accompagnent dans ma démarche. Tout le monde n’a pas accès à l’éducation, tout le monde ne choisit pas ses études comme je l’ai fait. Pendant que j’étudie, d’autres sont exploités par des firmes européennes ou bien américaines, payer une misère de l’heure, dans des conditions déplorables, des jeunes filles restent à la maison privée d’éducation… Parfois on ne mesure pas cette chance qu’on a d’être « libre ».
Tous les jours, à chaque journal télévisé, on voit ces images des migrants à Calais ou bien ceux fuyant la Syrie. Ils arrivent en masse avec l’espoir de trouver un équilibre dans leur vie, de trouver de la liberté. Souvent je me dis que je ne sais pas si venir dans nos pays développés les aident, ils arrivent tellement nombreux qu’ils se retrouvent encore plus facilement exclus. Ils se réfugient en camp, créent leur communauté et la société a peur des communautés, elle a peur des gens qui se réunissent et qui font blocs. Bien sur, je serai à leur place, je fuirai aussi la terreur, j’aimerai qu’on m’aide mais aider autant de personnes est-il possible? Je ne sais pas trop comment réagir face à cette situation comme quand vous croisez un sans abri dans la rue et que vous voulez lui donner une pièce mais que 200m plus loin il y en a un autre et vous dites pourquoi lui et pas celui là-bas. Je suis un peu désarçonnée face à ces situations et je mesure encore plus ma chance dans ces moments là. Etudier, me nourrir, me loger… Je suis capable de faire tellement plus que ces gens parce que j’ai grandi en France et qu’on m’a toujours poussé à me donner les moyens d’avoir la vie que je veux. Le problème c’est que face à la vie on ne part pas tous dans les mêmes starting block et on n’a pas tous les mêmes moyens…



On est dimanche matin et me voilà à Barcelone depuis 2 jours. Ici aussi il y a de la misère. Vous ne pouvez pas vous installer à une terrasse sans qu’on vienne vous accoster une, deux, trois fois. Le nombre de boutique fermée est important. Les touristes ne cachent pas ceux qui souffrent. 25% de la population est au chômage en Espagne, la crise a fortement touché le pays et là encore je ne mesure pas ma chance. D’un oeil, comme ça, je n’ai pas l’impression que la vie soit si chère mais après tout je ne suis là qu’en vacances, je n’ai pas les habitudes de vie de ceux qui résident ici au quotidien. C’est avec des pays souffrant déjà que je ne sais pas comment on peut faire pour aider ceux qui souffrent plus. Dans un sens ceux qui souffrent plus ne font qu’accroître la misère de certains pays, la difficulté de se trouver un emploi ou de pouvoir manger mais est-ce qu’on peut aussi leur reprocher?
Je m’en vais faire des études et j’ai l’impression que c’est un peu égoïste de faire ma vie sans regarder à côté ou faire un geste pour les autres. J’ai cette impression que tellement de gens souffrent, que finalement c’est une peine sans fin et qu’on arrivera jamais à combler tout le monde, à donner le sourire à tous alors qu’un sourire c’est tout bête à attraper. C’est un lever du soleil, un verre d’eau bien frais, un étranger qui nous sourit, être simplement en vie et en bonne santé.


La vie est assez bouleversante de temps en temps et nous fait réfléchir, réfléchir et seule face à tant de demandes d’aides, j’ai l’impression d’être inutile mais surtout qu’un geste ne suffira pas et sera invisible devant l’immensité du problème. Alors quel geste faire, que faire? Déjà ne pas oublier la chance qu’on a, qu’on a de belles vies, qu’on est éduqué et qu’on peut manger, se loger, s’évader. Et puis après peut-être, cultiver chaque jour un bon geste envers autrui pour essayer de rendre le monde meilleur ou simplement de lui offrir notre sourire.

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