Les romans « érotiques » pour ados : verdict

mercredi 19 août 2015

C’est la grande mode dans les rayons librairie. Ils ont envahi la Fnac, Cultura mais aussi les rayons des hypermarchés chez Carrefour, Leclerc ou même Auchan. Ils occupent des gondoles entières. Les médias ne cessent de leur porter de l’intérêt. Les webzines décryptent la moindre phrase. J’aimerai bien vous dire que c’est les livres des YouTubeurs dont je vous parle mais non, je vous parle de ces nouveaux romans érotiques que lisent les mamans avec « Fifty Shades Of Grey » ou les adolescentes et jeunes adultes qui préfèrent « After » et d’autres séries.


C’est un effet de mode et pourtant tout a commencé sur le web, une fanfiction sur Twilight et ses vampires, le beau gosse d’Edward Cullen en mâle dominant. Il y en a des milliers de ce genre sur Internet, des milliers qui se ressemblent, pas très originales à la longue mais tout ça pour dire que ces livres ne sont pas des cas isolés et que des milliers de filles et garçons écrivent des histoires de ce genre pour les poster sur internet. Les auteurs de ces best sellers sont soit encensés soit linchés et pourtant, ce n’en sont juste que quelques un(e)s parmi une grande communauté.

Je n’ai jamais lu la série des Fifty Shades, j’ai déjà lu After et j’en ai déjà assez parlé ici pour reprendre ces livres en exemple. Cette fois-ci, j’ai décidé de m’intéresser aux bouquins pour « ado » dans le même genre qu’After, ceux qu’on trouve dans les mêmes étalages. Il y a alors la série des « Beautiful », « Love Game », « Fight For Love ». J’en ai lu quelques uns pour savoir de quoi il en retournait, si c’était aussi trash qu’on le décrit et pour être très honnête : un peu.

Je pars du principe qu’on classe ces livres dans des rayons pour ados mais les ados c’est autant les nanas de 13 ans que de 17 ans et la maturité sexuelle entre ces deux âges est très différente. Dans la plupart de ces livres les pensées des personnages sont toujours très explicites, l’homme ou la femme en position de narrateur a constamment besoin de sexe, jamais de parler. Dans la série des « Fight For Love », c’est comme si la nana ne pouvait pas penser à autre chose que à ce que le héros masculin pourrait lui faire. Elle a toujours envie de lui, il a toujours envie d’elle, ils ont une relation très destructrice mais vu que tout se finit toujours au lit, rien ne s’arrange vraiment. Je prends cette première série en exemple parce que c’est celle qui m’a le moins plu. Il n’y a pas réellement d’histoire, pas de construction de couple. Les seuls moments où les personnages ne sont pas en train de faire l’amour sont quand ils sont dans l’avion à écouter des chansons. Ils sont attirés comme des aimants dès le début et il n’y a pas une once de surprise dans ce qu’il va se passer. Parmi les trois séries que j’ai lu, c’est sûrement celle qui avait le langage le plus cru.

Il y a aussi « Love Game » rangé dans les mêmes étalages dont je n’ai lu ici que le premier tome. C’est beaucoup plus romancé que « Fight For Love » et même si le héros est un bad boy new-yorkais accro au sexe, c’est beaucoup moins trash. Il veut une fille, il a du mal à l’avoir, il se retrouve à travailler avec elle, ça le rend dingue et finalement avant d’arriver à leurs étreintes, on a passé les deux tiers du bouquins. Bien sur dans les deux premiers tiers, il pense a tout ce qui pourrait se passer avec cette jeune fille, ce qu’elle pourrait lui faire, ce qu’il pourrait lui faire mais finalement rien n’est assez détaillé pour choquer jusqu’à temps qu’ils finissent dans le même lit. Conclusion : même si c’est hot et qu’ils remettent ça toute la nuit, l’effet roman du livre ne rend pas les mots si « trash » qu’on pourrait le penser. Certes on n’a pas besoin de dessin pour comprendre après avoir lu la description mais vu qu’au prochain chapitre il faudra que notre héros se fasse pardonner, c’est presque normal.

Et puis il y a la série des « Beautiful » : Beautiful Bastard, Beautiful Bitch, Beautiful Stranger, Beautiful Player… Nombreuses de ces séries « érotiques », bien que j’insiste on est loin de Fifty Shades, ont cette particularité d’avoir plusieurs tomes et au fur et à mesure d’introduire des personnages secondaires en tant que personnage principal. Cela permet des séries à rallonge et surtout de changer d’atmosphère avec un personnage au caractère un peu différent.
Dans cette série aussi tout va très vite. Il vous faut seulement lire trois pages du premier livre pour que les personnages craquent et on joue sur l’attirance patron - assistante pour faire évoluer l’histoire. Là encore la fin est prévisible mais c’est plus romancé du moins le deuxième tome est plus romancé et vous pouvez vous attacher aux personnages, à la construction de leur couple et pas seulement à ce qui se passe dans leur lit ou ailleurs. Malgré toujours ce vocabulaire qui interrogera votre jeune ado, c’est abordable, cela ne lui offrira pas mille et une pulsions et on parle plus de désir que de sexe. Puis finalement les jeunes sont de plus en plus précoces grâce à Internet que rien ne la surprendra.

Bien sur ces trois séries sont des séries raisonnables par rapport à ce qu’on a pu me raconter de « Fifty Shades ». Rassurez vous si vos enfants lisent ces bouquins, pas de soumissions et de sm au programme mais il se peut quand même qu’ils viennent vous poser quelques questions après avoir tourné la dernière page. Le vocabulaire utilisé est bien différent et surtout les scènes beaucoup plus chastes qu’avec Mister Grey.

Je pense que la popularité de ces romans est ce qui a surpris le plus la société. Tout le monde savait que ça existait, c’est juste qu’il n’était pas en tête de gondole. Dans un sens, je pense que cette popularité a du bon comme du mauvais. Du bon car ça permet a des personnes d’être créatif et de laisser parler leur imagination, ça leur permet aussi de vivre de leur passion qui reste l’écriture de base peu importe, je pense, le thème sur lequel on écrit. Du mauvais aussi car ça peut être mal interprété, ça peut surprendre certains lecteurs et je dois avouer que dans les romans pour ados, les quatrièmes de couverture restent assez évasifs sur le contenu du bouquin. Maintenant il faut aussi se décoincer, ce qui est conté dans ses livres se passe dans les lits de monsieur et madame tout le monde, de votre voisin, de votre collègue de travail et ce n’est pas pour ça que vous le regardez autrement. Et puis vous, moi, votre frère, votre soeur, on n’est pas né de l’opération du Saint Esprit… Les gens font l’amour depuis des millénaires et continueront de faire l’amour, peu importe la manière.

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